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BILLET D’HUMEUR

Par Carole

Antécédents allergiques et vaccination contre la COVID 19 : beaucoup de bruit pour rien mais le mal est fait.

En France, le point de situation sur la surveillance des vaccins contre la COVID-19 publié le 16 avril sur le site de l’ANSM fait état de 58 réactions d’hypersensibilité ou d’anaphylaxie de grade II et III avec le vaccin Comirnaty (BioNTech et Pfizer) à la date du 8/04 après plus de 10 millions de doses injectées soit une fréquence de 0,56/100 000 injections très nettement au-dessous du chiffre habituellement retenu pour les autres vaccinations (1/100 000).

Toujours en France, la Haute Autorité de Santé (HAS) dans une mise à jour du 18 février stipule que «La vaccination est contre-indiquée uniquement en cas d’antécédents d’allergie immédiate à un des composants du vaccin, ou en cas d’antécédent de réaction immédiate grave survenant dans les 6 heures après une première injection (manifestation évoquant une réaction anaphylactique sévère : respiratoire, cutanée, digestive ou hémodynamique) ; la survenue d’une manifestation cutanée modérée n’est pas une contre-indication. Les antécédents de réactions allergiques à d’autres substances : venin d’hyménoptères (abeille, guêpe, frelon), allergènes inhalés (acariens, pollens, squames d’animaux, moisissures), aliments, quelle que soit leur sévérité, ne sont pas une contre-indication à la vaccination contre la Covid-19».

La Société Française d’Allergologie (SFA) et la Fédération Française d’Allergologie (FFAL) ont mis à disposition des médecins par le biais de son site internet et des réseaux sociaux des recommandations de bonne pratique qui vont dans le même sens.

Pourtant, tous les jours, nombre de personnes sont refoulées des centres de vaccination au motif d’antécédents allergiques le plus souvent non pertinents. Dans le même temps les allergologues croulent sous les demandes d’avis et de tests allergologiques pour des motifs qui non seulement ne relèvent pas, dans leur grande majorité, des conditions énoncées par le MHRA, l’HAS la SFA ou la FFAL mais sont bien souvent sans lien avec une allergie pour ne pas dire loufoques ou absurdes.

Cette situation regrettable résulte de la conjonction de plusieurs facteurs. Tout d’abord l’appétence naturelle des médias à relayer les messages alarmistes ou sensationnels au détriment de ceux plus rassurants, fussent-ils confirmés par des données scientifiques solides. Coté public, il est possible que les antécédents allergiques viennent parfois renforcer, chez certains, un a priori négatif vis-à-vis de la vaccination, favorisé par l’écho accordé aux théories complôtistes les plus farfelues. Coté soignant, le constat n’est pas forcément plus rassurant. Le recrutement en nombre de médecins vaccinateurs aux motivations pour le moins diverses et aux connaissances en allergologie souvent lointaines voire absentes auxquelles s’ajoutent des notions en général plus théoriques que pratiques de la gestion des situations d’urgence conduit à déléguer facilement à d’autres la responsabilité d’un acte lorsqu’il existe l’ombre d’un soupçon d’un risque et ce d’autant plus que le malheureux candidat écarté de la vaccination pour délit d’allergie sera facilement remplacé. Mais c’est surtout dans l’analyse des motifs conduisant à des demandes d’avis allergologiques et dans la lecture des fiches de pharmacovigilance rapportant les cas considérés par le déclarant comme relevant de l’anaphylaxie que l’on mesure le chemin à parcourir pour qu’un public médical élargi s’approprie des connaissances minimales en allergologie qui ne soient pas uniquement du domaine de la croyance ou du fantasme et permettent une orientation adaptée des patients nécessitant réellement un avis spécialisé. Il s’agit d’une condition absolument nécessaire pour des pathologies qui concernent près de 30% de la population. Elle passe par un véritable enseignement des bases de l’allergologie dès le deuxième cycle des études médicales renforcé dans le troisième cycle par un ou plusieurs items transversaux. L’universitarisation de l’allergologie que permet d’envisager la reconnaissance récente en France de la spécialité est donc plus que jamais urgente.

En attendant ce futur plus ou moins proche, les allergologues doivent, sans se décourager, continuer à participer à l’effort collectif pour promouvoir la vaccination contre le SARS-CoV2. Ils le font tous les jours en favorisant l’accès à celle-ci à des patients considérés à tort ou à raison comme à risque allergique et en extrayant d’un fatras ininterrompu de sollicitations hétéroclites les quelques situations exceptionnelles qui nécessitent réellement des explorations complémentaires spécialisées. Dans tous les autres cas l’application des recommandations, un peu de bon sens, beaucoup de temps et de patience suffisent.

Bon courage à tous,

Pr Alain DIDIER

Président de la Société Française d’Allergologie

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